Salines Royales

Une longue histoire

L’histoire de l’industrie salicole à Dieuze remonte au Moyen Age.

Dieuze est à l’origine un village modeste, voire un hameau.

La découverte de sources salées a dû attirer quelque population et a certainement permis, dès cette époque, la production de sel.

Les salines ainsi créées sont les plus anciennes et les seules qui subsistent parmi celles qui furent exploitées industriellement  dans la région du Saulnois.

Deux périodes principales ont marqué l’histoire du sel : la première se développe depuis les origines jusqu’à la Révolution ; la seconde depuis l’exploitation du sel gemme sur le site, en 1826, jusqu’à l’arrêt définitif de la production de sel le 31 décembre 1973.

Durant des siècles, l’exploitation et le commerce du sel ont été, pour Dieuze et sa région, une source de vitalité et de prospérité, en particulier au cours du premier quart du XVIIIè siècle. Cet essor se poursuivra jusqu’à la Révolution. La Saline perfectionne alors ses procédés et intensifie sa production, ainsi que celle de produits dérivés, tels que la soude.

Quelques dates

  • 803 Les Salines de Dieuze appartiennent à l’abbaye St Maximin de Trèves.
  • XIè siècle La ville et les Salines sont cédées à l’évêque de Verdun.
    1215 Les salines deviennent propriété des Ducs de Lorraine qui les conservent jusqu’à la réunion du Duché à la France (1766). Séduits par les bénéfices réalisés par cette industrie, les Ducs de Lorraine s’appliquent à concentrer entre leurs mains cette richesse naturelle. Un véritable monopole est instauré. Les évêques de Metz et les Ducs de Lorraine se le disputèrent longtemps.
  • 1525 Les Salines ont des fortifications séparées de celles de la ville. De hautes murailles les protègent, des fossés en assurent la protection, des tours s’élèvent aux angles et de grosses portes complètent l’ensemble. Toutes les sorties de sel sont rigoureusement contrôlées.
    Un récit de l’époque lors du passage à Dieuze de princes et de seigneurs lorrains, parle de l’eau salée : « Laquelle on prend en un puits large et par certains canaux est subtilement menée et conduite jusqu’en la fournaise où la poêle est à cuire le sel ».
  • 1642 Les Salines sont assaillies par les troupes du Roi de France et passent alors sous sa dépendance.
    1700 Les fortifications de la Ville et des Salines sont détruites.
  • 1779 Trente sept poêles sont en activité.
  • 1780 Construction de la porte principale et des bâtiments de l’administration. Le domaine royal devient domaine national après la Révolution.
    1803 Naissance de l’industrie chimique : soude – carbonate de soude – sulfate de soude – acide muriatique – chlorure de chaux …
  • 1826 Ouverture et exploitation de la mine de sel gemme.
  • 1842 L’état renonce à son monopole et vend l’usine de Dieuze avec toutes ses concessions. La Compagnie des Salines et Mines de Sel de l’Est s’en porte acquéreur. L’affiche annonçant la vente sous la rubrique « Avenir de la Saline » stipule que : « L’usine de Dieuze, en raison de la richesse des matières salifères qui y sont affectées ; de la variété de ses produits ; de la grande importance de sa fabrication, qui permet d’employer les moyens les plus économiques ; du voisinage des houillères et des forêts d’où elle tire le combustible et de sa position géographique, également favorable pour le placement intérieur et pour l’exportation des produits, aura nécessairement un avantage réel sur les établissements qui tenteront de lui faire concurrence ».
  • 1862 Salines Domaniales de l’Est
  • 1864 Inondation de la mine de sel gemme. L’exploitation par galerie est abandonnée.
  • 1914-1918 L’usine de Dieuze continue sa production et sert l’effort de guerre allemand du fait de l’annexion.
  • 1921 Acquisition par les Etablissements Kuhlmann des anciennes Salines Domaniales de l’Est.
  • 1937 Le 6 août, fête inaugurale de la nouvelle saline et de la station centrale de vapeur et d’énergie.
  • 1940-1945 Exploitation du site par une société berlinoise : Kalichemie
  • Les bombardements de 1944 causent de graves dégâts ; de nombreux bâtiments sont détruits.
  • 1945 Réintégration au sein des Etablissements Kuhlmann.
  • 1966 Arrêt de la fabrication du sel gros, ainsi que des quatre dernières poêles.
  • 1973 Arrêt de la fabrication du »sel fin » produit par un évaporateur à « effets multiples ». La production est donc définitivement arrêtée.

Les bâtiments

Au XVIIIè siècle, le « puits » est l’élément vital de la saline car il permet l’extraction de l’eau salée nécessaire à la fabrication du sel. A proximité du puits se trouve le logement du charpentier mécanicien.
Les halles abritent les réservoirs et les poêles. Ces dernières assurent par évaporation la formation du sel. Les halles abritent également des séchoirs. Au fur et à mesure de sa production, après séchage, le sel est roulé vers les magasins, puis stocké.

Les poêles et les magasins ont un nom. En 1737, les poêles de Dieuze s’appellent poêle de devant, poêle du milieu, poêle de derrière, poêle neuve… Plus tard, d’autres font leur apparition : Sophie, Jean, Françoise…

Les magasins se nomment Léopold, François, Stanislas, magasin neuf…

D’autres bâtiments sont également nécessaires à la vie de la Saline.

Les loges, vastes hangars où sont entreposés des matériaux très variés, abritent également les voitures des charretiers par mauvais temps.

Des maisons d’habitation pour le personnel : receveurs, inspecteurs, contrôleurs…

Des bureaux de direction ou de recette, des halliers, des écuries, des jardins…

Un four banal, un pressoir, une chapelle, un corps de garde compètent l’ensemble. Tout un monde s’active et vit autour du puits.

Les bâtiments de la saline forment une agglomération distincte de  la communauté urbaine. L’ensemble est clos par un mur très élevé.

Les accès sont contrôlés sévèrement par les portiers pour éviter la contrebande…

Le personnel

Un inspecteur général des eaux est responsable des salines de Rosières, Château-Salins, Moyenvic et Dieuze. Il effectue une visite annuelle dans chaque saline et assure le suivi des activités des puits et sources salées.

Un architecte inspecteur est responsable des bâtiments.

Un sous-inspecteur a pour mission d’assurer l’entretien des bâtiments.

Ces agents dépendent d’un Inspecteur général des Salines de Lorraine et de Franche-Comté demeurant à Paris.
L’exploitation proprement dite nécessite un personnel chargé de fonctions très diverses : gouverneur, tailleurs des bois, tailleurs des sels, boutavants, aide-boutavants, receveurs, employés et commis, contrôleurs des bancs, contrôleurs des cuites, contrôleurs des bois, charpentiers mécaniciens, ouvriers des poêles, maréchaux, tonneliers, voituriers…

Existent donc à l’époque des métiers bien spécifiques à l’exploitation des salines, métiers pour la plupart disparus aujourd’hui.

La fabrication du sel

Trois procédés principaux jalonnent l’histoire de l’extraction du sel aux Salines de Dieuze :

  1. Le puits salé : Moyen age à fin XIXe
  2. La mine de sel gemme : 1826 – 1864
  3. Les sondages : 1885 – 1973

Le puits salé – Extraction de l’eau salée

Les sources salées sont concentrées dans un « puits » constitué de plusieurs encagements en bois. Ce puits est isolé sur son pourtour par un épais massif de corroi afin d’éviter l’infiltration des eaux douces. L’élévation de l’eau salée est effectuée par un manège à chevaux qui entraîne une chaîne en chapelet.

Une roue hydraulique, actionnée par l’eau d’un canal de dérivation alimenté par le Spin, est installée en complément du manège en 1744.

Ce puits salé a heureusement pu être sauvegardé et c’est le seul exemplaire qui soit, à notre connaissance, encore visible dans un tel état de conservation.

Les encagements présentent un intérêt certain et témoignent du travail remarquable effectué par les compagnons charpentiers de l’époque.

L’eau salée est élevée du puits, stockée dans des réservoirs d’où elle est dirigée vers les poêles où se forme le sel gros.

L’importance d’une saline se mesure, à l’époque, au nombre de poêle en service : 48 en 1789.

Au XVIIIè siècle, les poêles sont chauffées par un foyer alimenté au bois : les besoins sont très importants. Le « bois du sel » bénéficie d’affectations spéciales. Certains « cantons » des forêts domaniales sont réservés à la cuite de l’eau salée. En 1786, une superficie de 17 231 ha est affectée aux Salines du Saulnois.

La houille sarroise n’est utilisée que partiellement à partir de 1780.

La mine de sel gemme

Cette mine est mise en service dès 1826. La première exploitation s’effectue au niveau de la neuvième couche de sel à une profondeur de108 mètres. Les galeries ont cinq mètres de large et trois mètres de hauteur. Le développement total des galeries atteint 900 mètres.

Une deuxième exploitation est réalisée dans la onzième couche à une profondeur de 139 mètres. L’arrachement du sel s’effectue au pic ou par explosion à la poudre. Le roulage du sel se pratique à la brouette. Arrivé au puits, le sel est relevé au moyen de deux « tonnes », l’une vide descend, l’autre pleine de sel remonte.

Voici le récit  partiel d’un jeune Parisien qui visite la mine en septembre 1835 : « Arrivés au fond, nous fûmes bien dédommagés du danger de notre descente. Quel spectacle curieux et grandiose s’offre à nos yeux éblouis ! Des voûtes immenses, des galeries d’un quart de lieue, larges, bien taillées, des rues qui se croisent en tous sens, des mineurs qui passent, une lampe ou une chandelle attachée au chapeau et qui disparaissent comme des feux follets, les lumières se reflétant sur les parois de sel, ici blanc comme du cristal, là, jaune comme l’opale, plus loin, brillant comme  l’acier.

On taille des blocs avec la pioche ou à la mine. Des morceaux énormes éclatent avec un fracas terrible, qui se répète en grondant de galerie en galerie. Ces mines occupent une surface de 270 000 m2 et emploient six cents personnes. On extrait par an cent cinquante mille quintaux métriques de sel, dont la dixième partie se vend seulement sans préparation : c’est le plus beau et le plus pur. Le reste est jeté dans des chaudières de 24 mètres de long sur 12 de large, placées sur des fourneaux proportionnées et qui consument  cinq « voies » de bois par jour. Toutes les parties étrangères restent au fond, l’eau s’évapore et le sel devient pur. On le fait sécher, on le garde près de six mois en magasin, puis on l’expédie dans le commerce. »

Le 8 février 1864, au niveau de la troisième couche convertie en bassin de saturation se produit un gigantesque éboulement qui provoque l’effondrement du toit, le débordement et l’écoulement des eaux. Malgré  d’énormes efforts, la mine est inondée et son exploitation abandonnée.

Les sondages

Après l’inondation de la mine, on réalise, dès 1885, les sondages 1 et 2. Un sondage permet l’extraction de la saumure du sous-sol. Un forage est nécessaire, le trou de sonde est chemisé par des tubes d’acier pour éviter les éboulements.

Neuf sondages ont été réalisés à Dieuze, de 1885 à 1954. Leur profondeur ne dépasse guère cent mètres.

L’équipement d’un sondage, outre la colonne de tubes, se complète par une pompe qui permet la remontée de la saumure.

Cette saumure est ensuite utilisée pour la production du « sel gros » ou sel de cuisine dans les poêles. Le « sel fin » ou sel de table est obtenu dans un évaporateur à « effets multiples » comportant quatre effets identiques dès 1937.

La qualité de la saumure fournit en analyse moyenne une teneur de l’ordre de 300 g/l en ClNa.

Depuis la fin de l’année 1994, les Salines Royales appartiennent à la Ville de Dieuze.La plupart des bâtiments existants datent du XVIIIè siècle.